Page blanche
Pour la première de La page blanche, je vous invite à lire le texte d’une dame de 90 ans que j’admire particulièrement. Elle participe encore à des ateliers de plaisir d’écrire et nous livre ici un de ces textes de la saison 2025-2026. Cette dame inspirante, c’est ma mère.
Sonia Fontaine
La cinquième saison
Comment l’interpréter? Est-ce un ajout? Je dirais que c’est une continuité que tous n’ont pas la chance de vivre.
Un devoir incombe à ceux qui ont ce privilège, c’est de bien vieillir. Il faut que la jeunesse pleine d’énergie soit inspirée par des ainés rayonnants et heureux de vivre.
Depuis peu, je constate que je suis dans ma cinquième saison et que le temps file à grande allure. Ça me donne le vertige, et chancelante, je remercie le ciel d’être encore là pour voir grandir mes arrière-petits-enfants. C’est une des nombreuses raisons d’aimer la vie.
Il faut être honnête, ce n’est pas l’euphorie tous les jours. Chaque âge n’a-t-il pas ses hauts et ses bas? Avec le temps, on a acquis de l’expérience, on s’est habitué à relever des défis, c’est ce qui nous incite à continuer. Je prends exemple sur ces vieillards que je visitais, il y a quelques années, dans mes heures de bénévolat. Ils étaient si attachants, leur délicatesse d’esprit et leur jugement sûr doublés d’une intelligence sensible leur imposaient de taire leurs bobos ou leurs souffrances morales. Ils m’ont aussi appris que l’humour reste un stratagème privilégié pour éviter de se plaindre.
C’est avec gratitude que je me remémore ces moments, ma mémoire reste assez fidèle malgré le fait que parfois il me tarde à trouver un nom, un mot ou un objet. Alors je me dis que ma mémoire déborde de ses tiroirs trop pleins.
Quand on parle de longévité, l’âge et le temps sont étroitement liés. La cinquième saison se vit au ralenti. Bien des décisions ne sont rien d’autre qu’une question d’âge. Notre vie s’émiette à la façon de l’érosion qui gruge dans l’intensité et la vivacité de nos actions. Il peut nous arriver de regretter de n’avoir pas pu profiter de notre jeunesse, mais c’est inutile, on ne peut pas revenir en arrière.
À ceux des saisons précédentes, je suggérerais de savourer pleinement le présent tout en pensant au futur qui vient toujours trop vite. Ainsi, à la cinquième saison, vous pourrez évaluer le temps qu’il vous reste, le considérant comme un usufruit dont, tant que vous en serez capables, il faudra jouir sans modération, comme disait Bernard Pivot.
Anita Laliberté Fontaine